A propos du Brexit

En 2012, nous marchions à Londres aux côtés des camarades du Labour Movement For Europe (LME). Désormais, je suis reçue par l’ambassadeure Sylvie Bermann, avec mes collègues conseillers consulaires, pour évoquer les dernières perspectives consécutives au Brexit et la recrudescence des actes racistes ou xénophobes, intervenus à la suite du référendum et visant en particulier les ressortissants européens.

Selon un rapport du Home office, le nombre d’agressions à caractère raciste aurait augmenté de 41% ce mois d’octobre 2016. Le maire de Londres Sadiq Khan a réuni les ambassadeurs des pays dont les ressortissants sont principalement ciblés et encouragé la vigilance collective. Il souhaite appliquer une politique « zéro tolérance » sur ces infractions et renforcer la police de proximité dans la ville de Londres. Si dans la capitale, les Brexiters restent minoritaires, le référendum a libéré la parole et attisé le ressenti de ceux qui se sont laissés dominés par la peur des flux migratoires aux frontières du pays. D’autres Britanniques s’engagent à pleines mains auprès des migrants de Calais, pour tenter de rendre plus tolérables leurs conditions de vie.

La présence de près de 700 mineurs isolés est un aspect particulièrement insoutenable du drame humain qui se joue à la frontière franco-britannique. L’interminable attente du traitement de leurs dossiers est inacceptable au regard des garanties dont ils disposent au titre de la Convention internationale relative aux droits de l’enfant, en particulier lorsqu’ils agissent dans le cadre d’un regroupement familial. Nous encourageons le Premier ministre Bernard Cazeneuve à poursuivre ses initiatives à l’égard du gouvernement britannique pour réduire les délais et faciliter l’accueil de ses mineurs très vulnérables. La création d’un groupe de travail mixte est envisagée, par exemple entre parlementaires et élus français et britanniques.

Reste que l’immigration se situera au coeur des négociations du Brexit. La première ministre Theresa May semble déterminée à mener le pays dans un hard Brexit et à utiliser les droits des Européens établis au Royaume-Uni pour peser dans les négociations. Pris en otage, les Français vivent mal cette situation anxiogène. L’incertitude liée aux négociations et au futur des ressortissants européens les contraignent à faire un choix difficile et regrettable : envisager de quitter le pays, pour certains un retour en France, ou bien déposer une demande de résidence permanente ou même de nationalité britannique. Les autorités françaises ont agi auprès du ministère de l’Intérieur britannique afin d’écourter les délais et simplifier les démarches administratives liés à l’obtention de la résidence permanente pour les ressortissants européens. Notons également qu’il faudra veiller à anticiper la surcharge des demandes de services consulaires pour ne pas augmenter la pression qui pèse déjà sur le personnel du consulat et affecter ainsi la qualité des services.

En séance du 29 septembre 2016, la mission d’information a procédé à l’audition de Sylvie Bermann, Ambassadeure de France au Royaume-Uni. Elle a notamment rappelé le poids de la Confederation of British Industry (CBI) – l’équivalent du MEDEF – et l’importance du rôle que jouera Philip Hammond, nouveau chancelier de l’échiquier et ancien ministre des affaires étrangères, qui avait réalisé une excellente coopération avec l’ancien ambassadeur de France au Royaume-Uni, Bernard Emié. Ces dernières années, nous avons eu le plaisir de retrouver Philip Hammond aux réception du 14 juillet organisées à la résidence de l’ambassadeur. Sylvie Bermann a partagé ses prédictions sur la forme que prendra l’Union européenne dans les prochaines années, qui selon elle, se rapprochera des attentes du Royaume-Uni. Lors de nos échanges, en réunion avec les conseillers consulaires, elle avait déjà évoqué une Europe moins fédéraliste qui fonctionnerait davantage selon la méthode intergouvernementale. Dans l’incertitude, il n’est pas encore interdit de compter sur l’issue des négociations, en espérant que transparence sera faite sur les mensonges qui ont nourri le résultat du vote en faveur du Brexit. La teneur de l’accord de sortie pourrait apparaitre moins favorable aux Britanniques que leur maintien dans l’Union européenne.